Quand l’homme s’absente, le temps le relaie.
Il remodèle et embellit ce qui peut demeurer.
Mais il déconstruit l’éphémère, que parfois il détruit. Ce qui était neuf devient vieux. Ce qui était vieux devient témoin. Ce qui est patrimoine se change peu à peu en ruine. Alors, plutôt que de laisser le sévère sablier oeuvrer à sa guise, l’homme revient. Et il déconstruit… pour mieux préserver. C’est ainsi que les vestiges de cette ancienne grange-écurie, au coeur du vieil Evolène, se réinventent comme matière première qui, remaniée, enveloppe l’habitation naissante en
évoquant le passé mourant. Les pierres du socle, rassemblées et triées, aident au coffrage de la nouvelle maçonnerie et s’expriment en portion inférieure des façades. Au-delà de l’accueil des pièces de nuit qu’il assure, le soubassement désormais consolidé permet l’appui d’une nouvelle ossature porteuse taillée dans du bois local.
Sur celle-ci repose la toiture, refaite à neuf puisque disparue. Comme un filtre, les madriers récupérés, car récupérables, racontent l’ancienne grange tout en laissant deviner, presque
secrètement, la nouvelle fonction domestique.
Avant la ruine, le rural. Avant la ruine,
l’habitation.